Sous ce titre un brin "à rebours" des banalités ordinaires trop souvent entendues (l'argentique est mort le numérique l'a tué !), j'aimerai vous parler de l'usage de la photo argentique noir et blanc en randonnée.
Je commencerai tout d'abord par écarter les faux-débats stériles du style "qu'est-ce qui est mieux, l'argentique ou le numérique ?" Est-ce que vous demanderiez à un peintre du dimanche si l'aquarelle ou le fusain c'est mieux que la peinture à l'huile ? La seule vraie question c'est de savoir si la photographie argentique (son grain, sa matérialité...) ça vous plaît, et si ça vous plait assez pour que vous ayez envie de vous encombrer en randonnée d'un boîtier lourd, volumineux (ça prend la place de deux ou trois bouquins), dont vous craindrez souvent de l'abimer au fond de la sacoche de guidon. Si la réponse à cette question est oui, alors vous êtes prêt à continuer ou découvrir la photo argentique.
Décider de partir en randonnée cyclotouriste pour faire des photos argentiques en noir et blanc, c'est un parti pris dont je pense qu'il faut le pousser jusqu'au bout : le choix d'une sobriété cohérente avec la pratique du cyclotourisme autonome. C'est préférer un boitier totalement mécanique pour les mêmes raisons que l'on choisit une dynamo plutot qu'un éclairage à piles. C'est tourner le dos à une débauche matérielle dite "progressiste" qui accumule les objectifs, les focales, les filtres pour privilégier l'approche un boîtier + une focale fixe. C'est adopter une démarche plus contemplative, en acceptant la photo qui "se présente" au lieu de mitrailler pour remplir la boite à images...
Quand je pense "photo de voyage", j'ai à l'esprit certaines oeuvres à l'encre de chine des artistes japonais, ou les carnets de croquis de Delacroix. Une sobriété qui n'exclut pas l'élégance, bien au contraire. Et une façon de phtographier qui ne rompt pas le fil de la pensée, à la différence de la pratique numérique, qui incite à regarder aussitôt l'écran du boîtier plutôt que le paysage. Avec un boîtier argentique, il n'y a rien à voir...sauf ce qui vous entoure.
Au risque de paraître jouer systématiquement le paradoxe, je n'hésite pas à affirmer que l'amateur de négatifs monochromes n'a jamais eu un tel choix et avec autant de qualité offerte. Je sais bien qu'il n'y a pas de discussion sur la photographie qui ne commence par l'affirmation de la mort de l'argentique (on n'en trouve plus à la FNAC, mon pôv monsieur, c'est dire !), mais je constate simplement que l'achat par correspondance m'apporte des possibilités que je n'avais pas quelques années en arrière. Les nouvelles gammes (grains Delta, en "T"...) des grands manufacturiers n'ont pas supprimé les anciennes émulsions, et "ancien" ne signifie nullement de basse qualité. C'est ainsi que le photographe peut aujourd'hui choisir entre la netteté des Ilford Delta ou Fuji Acros, le punch légendaire de la Tri-X ou la subtilité classique d'une PanF. Et des manufacturiers autrefois inconnus en Europe de l'Ouest (Orwo, Forte) ou même carrément nouveaux (Maco, Rollei) arrivent sur le marché dans l'espoir de se tailler une part du gateau.
La seule contrainte, modeste, c'est d'être un peu plus prévoyant, et de veiller à s'assurer d'un approvisionnement régulier. Et d'accepter de se retrouver dans une catégorie minoritaire, à l'écart du grand courant "moderniste" et auto-proclamé horizon indépassable de la photographie.
Aujourd'hui, beaucoup de très bon matériel des années passées dort au fond des armoires, simplement poussé de côté par les nouveaux arrivants numériques. Pour le photographe qui n'est pas encore équipé, ce peut être le moment de faire connaissance avec quelques appareils de belle qualité désormais accessibles, en cherchant un peu. Dans cette chasse au matériel, pourquoi ne pas inverser l'ordre habituel des priorités, et commencer par jeter son dévolu sur un très bon objectif fixe de focale standard (le 50 mm !), puis à lui trouver le boîtier correspondant ?
Au moment ou le "durable" est à la mode, belle occasion de remettre en selle les boîtiers des années 80-90. Et parmi ceux-ci, ma préférence va vers les plus dépouillés, les mécaniques : Olympus OM-1 ou OM-2, Nikon FM et FM-2, Pentax Mx, Canon FT-b, ou Leica M si vous avez les moyens ...Ils sont d'une totale simplicité en utilisation, leur pile dure longtemps (elle ne sert qu'à la mesure de la lumière) et ils se trouvent facilement en occasion, pour un prix-plancher. Ici en photo, un Pentax K1000, increvable boitier souvent choisi pour l'apprentissage de la photo, et qui accepte aussi bien les excellents objectifs Takumar que les plus récents Pentax.
Première étape : le développement des négatifs. Le matériel nécessaire est réduit (une cuve de développement, un thermomètre, quelques flacons... Et la procédure n'a rien de bien compliqué puisque après dilution des quelques produits nécessaires, il suffit d'une montre pour chronométrer la durée de développement. J'ai toujours trouvé qu'il y a dans cette activité un côté "ouverture des cadeaux de Noel". Les images, restées potentielles jusque-là deviennent maintenant bien réelles.
La deuxième étape du traitement, le tirage est une bonne occasion de remettre en service un agrandisseur (ou de trouver un photographe ou un club qui en possèdent un). La chambre noire, c'est le moyen de produire ces tirages barytés d'une qualité inimitable. Car malgré ce qui se racontent ici ou là, les imprimantes peinent à restituer toute la qualité d'un tirage photographique soigné. Et quelle meilleure façon de prolonger une belle randonnée que de profiter des soirées hivernales pour faire sortir des cuvettes quelques beaux tirages 30 x 40 ?
Publié par la Confrérie des 650 /// 57, avenue de Montpellier 34270 CLARET - FRANCE