On n'insistera jamais assez sur l'erreur d'optique que provoque le fait de vouloir juger la situation actuelle du 650 B avec les habitudes de consommation héritées des années 1970-1980. Il était encore possible à ce moment-là de trouver du matériel spécifique produit en France chez le vélociste local. Cette époque est révolue, le matériel spécifique (pneus, freins, etc...), produit souvent en Asie sera acquis chez quelques distributeurs travaillant en VPC. ET comme ce matériel vise un public plus restreint, il sera probablement un peu plus cher que par le passé (et que dans le monde merveilleux de la nostalgie).
Le marché qui emergea à la fin du siècle précédant s'est structuré autour de l'idée du vélo réduit à un rôle d'activité sportive ou de loisir, dans le sens le plus restreint excluant tout aspect pratique. La monture est censée voyager dans la voiture, elle devient incapable d'assurer son propre acheminement vers quelques sites favorables à une pratique simplifiée. Cette conception permet de "simplifier" en oubliant l'éclairage, le porte-bagages (le matériel est dans la voiture accompagnatrice), le confort nécessaire à la sortie des villes dans des rues au revêtement dégradé... Bonne occasion d'insister sur des machines moins coûteuses à court terme et ultra-spécialisées, plus faciles à promouvoir dans le sillage des épreuves sportives détachées de la réalité. La randonneuse, jouant la polyvalence avec le coût initial que cela suppose (bossages et périphériques) est écartée de ce tableau.
La Confrérie a bien anticipé ce mouvement, et a commencé à jouer dès son Opération "Chiche ?" un rôle dynamique auprès des constructeurs et producteurs : leur faire sentir par ses actions qu'il existe réellement une demande structurée, des utilisateurs qui sont prêts à s'investir sur le long terme pour des produits durables et de qualité. Ce rôle n'est pas dépassé, puisque le renouveau observé se concentre surtout sur le haut de gamme, et que par son action militante, la Confrérie maintient une voie d'accès plus démocratique à la randonneuse de qualité.
Aujourd'hui, un net renouveau est sensible aux États-Unis, quelques distributeurs adoptant une démarche proche de celle de la Confrérie : utiliser la proximité avec les cyclotouristes pour regrouper leur demande auprès des industriels acceptant de traiter un marché plus restreint en quantité mais prêt à financer la qualité. Ils travaillent surtout avec les industriels japonais ou taiwanais, et offrent maintenant un éventail de produits assez complet (pneus, jantes, freins, cintres et potences...).
Certains sujets soulèvent des débats passionnés et houleux parmi les confrères, et les questions concernant les possibilités d'évolution technique de la "belle randonneuse" figurent en bonne place dans ces empoignades. Le débat restant largement ouvert, nous partageons avec vous ces interrogations sur l'aspect futur de nos machines.
Artisans et série : la randonneuse a été le terrain d'élection des artisans, qui lui ont donné ses lettres de noblesse en produisant de superbes machines. Aujourd'hui, un net retour dans ce sens est visible surtout aux États-UNis, ou quelques cadreurs aux prix élevés ont cependant un carnet de commande garnis pour de longues années. En France, de nouveaux cadreurs s'installent, venant d'autres pratiques (VTT, course...). Reprendront-ils la randonneuse haut de gamme ? Ce sera probablement lié à une demande suffisante. Et pour que de nouveaux cyclotouristes trouvent le chemin des ateliers, il faudra qu'ils aient pratiqués sur des randonneuses 650 B plus accessibles, plus rapides à obtenir. On voit là le rôle que la Confrérie peut jouer, au travers de séries successives de randonneuses de série financièrement accessibles.
Pleins feux sur l'éclairage : si l'arrivée des éclairages à LED ne fait guère débat pour son intérêt (solidité, économie...) dès que son efficacité sera jugée suffisante, la façon de l'alimenter reste une vraie question. Si nous écartons le boîtier à piles, selon nous assez éloigné de la philosophie du cyclotourisme à cause de son aspect polluant et de son manque d'autonomie (les piles étant en général à plat au moment ou elles seraient utiles), il reste trois styles de générateur : la dynamo-bouteille fixée latéralement sur un hauban, la dynamo sous le pédalier et le moyeu-dynamo à la roue avant.
La dynamo-bouteille a pour elle la simplicité de son installation et son économie, et elle est dégagée des projections salissantes des roues. On lui reproche généralement d'user le flanc de pneus qui ne sont guère conçus pour cela, ce qui gênent les gros rouleurs nocturnes (diagonalistes par exemple), mais ne dérange pas ceux qui souhaitent juste un peu plus de sécurité en cas de retour tardif. La dynamo sous le boîtier de pédalier est de ce point de vue plus rationnelle, puisque son entraînement se fait sur la bande de roulement du pneu, faite pour cela. Mais une telle dynamo est idéalement placée pour récolter toutes les salissures soulevées par la roue avant. Enfin son implantation et sa commande demandent un peu plus de travail au cadreur.
Plus récemment arrivé sur le marché, le moyeu-dynamo offre une certaine élégance conceptuelle avec une simplification qui n'est qu'apparente : si le phare avant est plus simplement alimenté, la complication existe toujours pour l'éclairage arrière. Rappelons pour mémoire que les feux clignotants obtenus avec le courant induit par un petit aimant placé sur les rayons ne sont légaux qu'à conditions de ne pédaler que dans son salon, en tournant autour du sapin de noel. Enfin, et c'est sans doute la plus grosse critique qu'on puisse leur faire, ces dynamos sont en prise permanente, et même un moyeu de qualité produit une friction supplémentaire qui peut gâcher le plaisir de ceux dont les moyens physiques ne sont pas énormes. Les deux premiers systèmes ne génèrent eux aucune trainée parasite quand ils sont désactivés.
Deux ou trois plateaux ? Une randonneuse traditionnelle est en triple-plateau, c'est même une marque visuelle forte et spécifique. Mais ceci à une époque ou l'arrière ne comptait guère que cinq ou six pignons, ce qui au final n'offrait que dix-huits vitesses théoriques. Aujourd'hui nous disposons de moyeux arrières portant dix ou onze pignons, ce qui avec un double-plateau donne vingt à vingt-deux vitesses. Notons d'ailleurs qu'un auteur comme François PIEDNOIR conseille depuis longtemps au cyclotouriste sans vocation sportive de réfléchir à l'adoption d'un double-plateau de taille réduite, faisant l'impasse sur le grand plateau de 48-52 pour démarrer "ses gammes" directement sur le plateau de 42-38. Le débat reste largement ouvert.
Les nouvelles finitions : les règlementations concernant les produits chimiques utilisés dans les productions industrielles évoluent pour aller vers moins des rejets moins agressifs, ce qui concernera de plus en plus nos machines. Nous nous sommes posé la question du chromage des porte-bagages (mais d'autres pièces seront concernées) pour "élan", car non seulement le coût d'un chromage est élevé (et les délais sont longs), mais il faut prévoir à plus ou moins long terme le remplacement de ce procédé très agressif et dangereux par d'autres finitions. C'est une partie de l'image de la randonneuse traditionnelle qui va être modifiée. Vers quoi ? Peinture époxy, poudrage électro-statique, utilisation directe d'acier inox, chromage occulte par des dealers colombiens ? Nous avons du mal à voir la direction qui sera prise.
La questions peut se poser de la même façon, mais avec peut-être moins d'acuité pour la peinture des cadres, qui va sûrement évoluer vers des procédés dégageant moins de rejets néfastes.
Publié par la Confrérie des 650 /// 57, avenue de Montpellier 34270 CLARET - FRANCE