Lorsqu'elle fut fondée en 1995 par quelques irréductibles, la Confrérie des 650 cherchait surtout à regrouper des cyclotouristes épars et démotivés, persuadés chacun de leur côté d'être le dernier des mohicans sixcentcinquantistes. Mais d's 1999 (déjà le siècle précédent), quelques cyclotouristes déterminés se persuadaient de passer à l'étape suivante, et de sortir de cette position défensive pour commencer une "reconquista" destinée à mettre sur la route des randonneuses neuves, efficaces et accessibles.
Le nom choisi pour le projet montre assez que pour ses promoteurs, Patrick JEAN et Philippe PETIT, l'opération consistant à réunir les matériaux et les compétences pour construire et distribuer une randonneuse complète à coût abordable était bien perçue comme un pari audacieux. La conception de départ reprenait le meilleur de la randonneuse 650 B affinée par l'expérience:
- une géométrie équilibrée pour procurer l'efficacité nécessaire aux longs parcours routiers à allure soutenue tout en procurant un confort suffisant pour autoriser le plaisir du voyage cyclotouriste. Cette géométrie se devant d'être adaptée à chacun, les tailles de deux en deux centimètres s'imposaient, loin des trois-quatre tailles "rationnalisées" par la grande série;
- un équipement complet pensé pour la grande randonnée et le voyage, avec un éclairage toujours à poste, des garde-boues enveloppants efficaces et des porte-bagages solides et conçus dès l'origine pour la machine;
- une facilité d'entretien par le cyclotouriste, en choisissant chaque fois que cela est possible du matériel durable et réglable plutôt que du jetable, et en privilégiant des standards "ouverts" plutôt que ceux proposés par un producteur pour verouiller son marché et obliger à des changements périodiques;
- une esthétique classique, ce qui pouvait passer pour certains comme un luxe ou une contrainte inutile étant constitutif d'une randonneuse destinée à durer et donc à traverser les modes commerciales sans perdre de sa valeur et du plaisir de rouler.
Le pari fut lancé...et gagné, puisqu'avec "Arc-en-cycles", la première "évolution" basée sur un cadre en tubes chrome-molybdène fut livrée en août 1999, et bientôt suivi par une cinquantaine de ses sœurs. Lorsque le vélociste choisi de privilégier d'autres directions, le succès avait été suffisant pour que les promoteurs de l'opération décident de la poursuivre.
La randonneuse "évolution 2" naquit en région parisienne, chez "Technicycles", sous le chalumeau de Daniel HANART, et elle fut livrée dès février 2001. Peu de chose la différencie de son ainée, si ce n'est un cadre à raccords réalisé en tubes Vitus Txo, dont un lot avait pu être déniché et opportunément "libéré" par Philippe PETIT. Cette "évolution 2" là s'écoulera à une centaine de pièces.
Vint ensuite la série "évolution 3" (photographie ci-dessus), lancée en collaboration avec Stéphane HORSEAU, jeune artisan-vélociste ayant fait ses classes avec Marcel DEJOUANNET. Le cadre reprenant toujours les excellents tubes Vitus Txo, la plus grosse différence avec les précédentes séries vint des freins "Paul" choisis pour leur efficacité. Mais pour le reste, la formule était jugée assez aboutie pour être poursuivie selon les mêmes lignes directrices. Et c'est ainsi reparti, à partir de janvier 2004, pour environ cent-cinquante machines.
Si une preuve de la pertinence du cahier des charges est nécessaire, elle pourra assez facilement résulter du simple rapport entre le nombre de randonneuses livrées et l'étalement dans le temps, quel que soit le modèle. Au final, environ trois cents bicyclettes livrées en à peu près huit années, c'est un rythme moyen de 36 machines par an. Et des échanges entre confrères nous revient l'information de l'excellente tenue de la cote d'occasion. C'est un programme bien pensé, ce sont des machines bien réalisées.
Les séries "évolution" marchant fort bien, les concepteurs ont alors pensé à jouer d'un effet de gamme, et se sont demandé ce qui différenciait vraiment ces machines d'une randonneuse haut de gamme d'artisan. La vraie différence était le sur-mesure, par rapport au prêt-à-porter de la série. La décision était alors prise de lancer en collaboration avec Stéphane HORSEAU un nouveau projet qui reprendrait des randonneuses d'artisan le principe de la réalisation d'un cadre sur-mesure (en tube Reynolds 531 dénichés pour l'occasion) tout en conservant des "évolution" le principe des équipements standards pour garder un coût abordable.
Le cadre en tubes Reynolds 753 est totalement sur mesure complété par une belle potence à la longueur choisie selon la morphologie du cycliste. Le pédalier Stronglight speedlight permet de choisir les dentures des plateaux, tout comme la casette arrière Miche. Le reste de la transmission est choisi dans la gamme Centaur de Campagnolo. Le succès de la série fut prouvé par la continuité des commandes à partir de la première livraison (en avril 2007) jusqu'à ce que les choix professionnels de Stéphane Horseau mettent fin à l'opération. Mais il peut encore ponctuellement produire des randonneuses inspirées de notre "itinérances", à un rythme moins soutenu et compatible avec son emploi du temps.
Les précédents programmes de randonneuses (Évolution et Itinérances) connaissent un beau succès et poursuivent allègrement leur route. Ce qui n'est pas une excuse pour s'endormir sur ses lauriers, et c'est pourquoi nous avons décidé de lancer ce que nous nommions entre nous "la mille euros". L'idée était de reprendre la conception générale d'une "évolution", mais en cherchant les moyens d'en faire une machine beaucoup plus accessible.
Pour cela, nous avons cherché un partenaire capable de produire un cadre de série, ce fut CYFAC qui nous proposa un tel cadre en quatre tailles (contrainte indispensable pour tenir le coût) et soudobrasé en tubes chrome-molybdène. L'autre grande contrainte fut de tailler largement dans le coût de main d'œuvre en laissant le montage de la machine à l'acquéreur. Mais de cette contrainte nous avons décidé de tirer un avantage en proposant une session collective d'assemblage. C'est lourd pour les bénévoles, mais chaque utilisateur participe au montage de sa machine, acquérant ainsi une connaissance mécanique qui lui servira longtemps.
Publié par la Confrérie des 650 /// 8, rue Raymond Lefèvre 34200 SETE - FRANCE