Sur un stand, ou parfois tout simplement sur la route, il nous arrive parfois d'être confronté à certaines fausses-évidences dont l'expérience nous montre qu'elles sont pourtant abondamment colportées. Alors pour en finir (?) avec ces contre-vérités, voici quelques explications un peu plus détaillées.
Une jante de 650B faisant 584 millimètres de diamètre sur l'épaulement, contre 559 millimètres pour du 26'' et 622 milllimètres pour le 700C, il ne peut pour une aussi faible différence dimensionelle y avoir une réelle différence de comportement. Et rien n'empêche de prendre un pneu de 26'' ou de 700C pour obtenir en randonnée le même comportement qu'avec un 650 B.
Dans l'absolu, cette affirmation est vraie. une roue de 26'' avec un gros pneu de 50 mm, une roue de 650 B avec un pneu de 32-35 mm et une roue de 700C avec un pneu de 25 mm ont finalement des diamètres peu différents. Comment dés lors peut-on défendre l'idée de la meilleure adaptation du 650 B au cyclotourisme ? Mais voilà, aucun de nous ne roule "dans l'absolu". Nous sommes bien obligés d'utiliser des vraies jantes et des pneus réels, achetés chez le vélociste local ou par correspondance. Et c'est là que va se faire la différence.
Prenons le cas trés ordinaire d'un cycliste qui se rend compte que sa pratique ou ses envies conduisent vers le cyclotourisme, c'est à dire un mélange de sorties dominicales avec le casse-croûte, d'aller-retours occasionnels vers le travail et parfois d'un voyage de quelques jours avec bagages. Et en prime l'envie occasionnelle d'une sortie plus rapide à la poursuite d'un brevet.
Il va chercher à s'équiper d'une machine polyvalente, une randonneuse. Supposons qu'il se laisse convaincre par son vélociste de choisir du 700C, parce que "les pneus sont plus faciles à trouver". Pour le même motif de facilité il va choisir des freins de route à tirage central, ce qui le limitera à des pneus de 28 mm. Et là, il va constater qu'en matière de pneus, il a le choix entre des pneus performants étroits de 23 mm, à gonfler à bloc et très inconfortables, des pneus de 25 mm juste moyens ou des tuyaux d'arrosage pas chers de 28 mm. Parce que les manufacturiers estiment qu'un cyclotouriste, c'est un mauvais cycliste, qui se contentera de pneus médiocres. Bien sûr, nous connaissons quelques bons pneus de 28 mm mais il sont chers et très difficiles à trouver, probablement plus rares qu'un bon pneu de 650 B.
Mauvais exemple, allez-vous dire, il vaut mieux choisir des roues de 26'', mieux adaptées au cyclisme de loisir. Êtes-vous sûr ? Des gros pneus résistants prévus pour durer, ça se trouve. Marathon Schwalbe ou équivalent. Mais on est loin du confort et de la performance d'un bon pneu souple destiné au cyclotourisme. Là encore, la catégorisation faite par les industriels est défavorable au cyclotouriste, qui doit se contenter de matériel utilitaire excluant le plaisir de rouler sur un pneu souple, confortable et performant. Il existe bien certains pneus étroits en 26'' (du 25 mm), mais ce sont des enveloppes prévues pour l'entraînement routier des vttistes sportifs. L'impasse est faite sur le confort et l'endurance. Et en cas de dépannage impromptu durant un voyage, vous devrez vous rabattre sur du pneu à crampons, parce que c'est ainsi que les fabricants voient le 26'' : même en ville, sculptures profondes. Il faut oublier le plaisir de rouler, ce sentiment de bien-être et d'allégresse que procure un pneu souple qui permet de filer en douceur.
Face à cela, le 650 B n'est pas une formule magique, c'est seulement une dimension qui a historiquement été développée pour des randonneuses équilibrées, réalisant des diagonales à vitesse soutenue, mais avec un confort suffisant pour assurer de longues étapes, le tout sur des routes secondaires pas toujours en grande forme. Et les pneus que développe la Confrérie des 650 (mais ce ne sont pas les seuls) visent à maintenir cet équilibre des qualités. Les bons pneus de cyclotourisme font entre 32 et 38 mm, ils sont assez souples tout en permettant un kilométrage suffisant. "Dans l'absolu", rien n'empêcherait de produire des 26'' ou des 700C ayant la même polyvalence, mais en pratique les grands producteurs ne le font pas, ce qui explique que les bicyclettes en 700C ou 26'' se retrouvent en général avec l'une ou l'autre version du Schwalbe Marathon, économique et solide, mais raide et pesant plus de 800 grammes l'un (et ils existent aussi en 650 B si vous ne pouvez vous en passer).
Même si je pense qu'il peut y avoir un avantage à utiliser un bon pneu de 650 B pour le cyclotourisme en France, je crains durant mes voyages à l'étranger de me retrouver bloqué après une casse de matériel. Alors qu'en prenant une machine en 26'' je suis sûr de trouver facilement à réparer.
Nous vivons assez largement dans une société du désir et du rêve. Je pense que 99% des cyclotouristes français "réels" vont voyager en France ou dans des pays proches, où se procurer un bon pneu de 650 B se fait assez facilement, par envoi postal, au cas ou il n'aurait pas pris la simple précaution de glisser un pneu de rechange plié au fond de la sacoche. Mais voilà, chez beaucoup de vélocistes, si il cherche à se renseigner, on va lui "vendre" l'idée que s'il prend du 26'', il pourra se dépanner sans problème durant son raid Paris / Oulan-Bator avec passage par la Khyber Pass. Économie du rêve et du marketing...
Et ce cas extrême n'est même pas réaliste : une ou deux enveloppes de rechange, cela s'emporte au fond d'une sacoche, en complément des 650 B solides (style Worldtour ou Marathon) du départ. Peur de "plier une roue" ? Savez-vous que vous pouvez trouver chez C.P.A. des jantes Rigida 40 trous, qui une fois montées avec des moyeux solides peuvent rouler jusqu'au bout du monde ? Mais c'est plutôt du matériel pour tandem. Une bonne jante 36 trous montée avec des rayons inox de 2 mm, ça ne casse pas comme ça !
D'un autre côté, la volonté affichée de choisir des roues de 26'' pour se dépanner facilement est rarement poussée jusqu'au bout. Souvent on retrouve des périphériques (freins à disque par exemple) dont les pièces ont peu de chance de se trouver dans un souk indien. Lorsque des groupes organisés partent rouler "exotiques", le dépannage n'est pas laissé au hasard des découvertes locales, mais au contraire soigneusement prévu dans les bagages.
Finalement, si l'on fait le compte des pays ou il sera facile de trouver ou de se faire livrer rapidement des pneus de 650 B (principale pièce susceptible de faire défaillance), la liste est longue, avec les pays européens (CPA livre en 48 heures), le Japon (tradition ancienne de la randonneuse 650 B), les États-Unis (ou un marché de niche existe), l'Australie, plus des pays ou existent les restes d'une tradition française (Vietnam par exemple). Il est parfaitement exact que dans tous ces pays, le 650 B n'est pas majoritaire, et qu'une certaine prudence conduira à prévoir un pneu de rechange et quelques rayons scotchés sur une base arrière. Mais ce n'est guère compliqué et c'est assez bon marché. Et cela permet de choisir une bicyclette taillée d'origine pour le voyage autonome.
Mais la bicyclette connaît forcément la même évolution technique que les autres domaines de la consommation. Donc forcément le 650 B est un standard obsolète, qui ne peut plus qu'être l'objet d'un attachement sentimental et rétrograde.
Vers la fin des "trente glorieuses, la consommation a évoluée vers des produits à remplacement accéléré, la "modernité" (surtout commerciale) devenant un argument essentiel dans cette fuite en avant. Le petit monde du vélo ne fait pas exception, et il est devenu courant de voir certains équipementiers proposer chaque année un changement, généralement sur leur produit-phare, changement propagé ensuite à l'ensemble de leur catalogue avant d'être lui-même rendu "obsolète" et poussé vers la sortie. Ça vous dit quelque chose ?
Et à chaque fois, le lancement se fait à grand renfort d'adjectifs "révolutionnaires" et de listes de caractéristiques techniques qui ne signifient pas grand chose dans le monde réel : "...évidemment notre nouveau dérailleur est taillé dans le composite qui sert à faire les réservoirs de la navette spatiale...pour mettre la performance spatiale à votre portée...etc". Les pseudo-tests de la presse spécialisée (et financée par la publicité) emboîtent ensuite le pas, sans trop de sens critique, un numéro mensuel chassant l'autre.
Le principal but de cette stratégie étant évidemment de "captiver" une clientèle en rendant difficile l'usage de périphériques proposés par la concurrence. Et de pousser ensuite cette clientèle à renouveler rapidement son équipement. Il va de soi que la démarche de la Confrérie des 650 qui cherche à promouvoir du matériel plus durable et plus facile à (auto-)entretenir va à l'encontre de ce travers, et attire de ce fait les critiques pas toujours désintéressées. Mais au final, ce qui compte, c'est l'utilité et le plaisir retirés par nos confrères, non ? À quoi sert de proclamer "nos pneus ont la même protection que les gilets pare-balles du GIGN" si ces pneus pèsent "un âne mort" et suppriment tout plaisir de rouler ?
C'est pourquoi nous continueront à proposer des cadres acier de qualité, qui offrent de la durabilité, une certaine souplesse. des pneus souples, légers et confortables grâce à leur technique traditionnelle, des freins qui ne demandent qu'un nouveau patin pour marcher quelques années de plus, un éclairage à dynamo qui ne nécessite pas de changer de piles...
Nous sommes des bénévoles
Notre travail n'est pas rémunéré seule la passion nous anime
Nos conseils sont gratuits...
...Mais vous êtes libres de vous laissez séduire par les sirènes du marketing...
Publié par la Confrérie des 650 /// 8, rue Raymond Lefèvre 34200 SETE - FRANCE