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Confrérie des 650

Pour le cyclo curieux, convaincu que la bicyclette n’est pas un engin de torture mais une machine à plaisir, la question se pose d’emblée : « Quel est donc ce 650 B, trublion récidiviste qui pointe son nez partout dans la presse ou le milieu cyclo-touriste ? »

Une première réponse, relative à l’historique de cette section, se trouve, relatée en détail, dans le numéro 14 du « Sixcentcinquante », le journal de l’association éponyme. En suivant la plume de Raymond Henry, l’incontestable et incontesté historien du cycle, le cycliste béotien découvrira la saga de la roue de bicyclette. En résumé, par manque de place, rapportons ici que : « …compte tenu de l’état du réseau routier, certains cyclistes des premières décennies du XXème siècle, plus épicuriens que sportifs, préféraient la petite roue, montée avec des pneumatiques de large section, laissant la roue plus grande et plus fine aux coureurs, à la recherche de la performance et méprisants du confort et de l’agrément ». Malgré la sensible amélioration des routes et des chemins, les raisons qui poussent aujourd’hui la Confrérie des 650 à défendre ardemment ce diamètre reposent grossièrement sur les mêmes bases.

À tout cycliste réellement hors des circuits sportifs, sincèrement désireux d’utiliser la bicyclette en tant que moyen de transport particulièrement plaisant, apparaissent rapidement les incontestables avantages du 650 B. A la rage de vaincre assortie de réactions violentes qu’impulse une roue de 700 équipée d’un pneu de 20 mm gonflé à 7 kg, s’oppose la particulièrement efficace bonhommie d’une roue plus petite dont le pneumatique plus large (entre 32 et 44 mm) mais d’excellente qualité se satisfera d’une pression de 4,5 kg douce et agréable aux physiques de tous âges. Par ailleurs, certaines études, constatations et affirmations de cyclistes et cyclos confirmés tendent à prouver que la petite roue grimpe mieux que la grande.

Aux explications purement technique, il faut ajouter que dès la fin du XIXème siècle, un homme, Paul de Vivie, aristocrate provençal, personnage devenu emblématique sous le pseudonyme de Vélocio, perçut, en véritable visionnaire, les énormes qualités de la bicyclette et, au-delà, le formidable bouleversement social que celle-ci pouvait représenter. Inventeur, novateur, essayeur de toutes les techniques nouvelles en rapport avec la bicyclette, fondateur du journal « Le Cycliste », il fut toujours un adepte de la petite roue. Autour de Vélocio se constitua rapidement un groupe qui, dans une certaine intimité tout de même, entreprit de démontrer sur le terrain la philosophie du Maître. Au travers de la pratique cycliste, il s’agissait de mettre en avant les véritables valeurs humaines, de volonté, de courage, d’abnégation et de solidarité ; de prouver les capacités de la machine à couvrir de longues distances tout en offrant plaisir et santé. Vélocio et son groupe proposaient même, grâce à la bicyclette, un contre pied à la société industrielle à peine adolescente mais prônant déjà la facilité automobile et l’oisiveté plus ou moins posée en témoin de réussite sociale. C’est autour de cette sensibilité cycliste que s’est fondée ce qui allait devenir la FFCT. Jusqu’aux années soixante-dix, quelques milliers de cyclo-touristes allaient pratiquer leur activité cycliste sur les nobles bases mises en exergue par vélocio, et, signe remarquable, à soixante-dix pour cent sur des randonneuses en 650 B. Celles-ci répondant parfaitement à leurs besoins en leur offrant confort, solidité et rendement.

Confortables, solides, disposant du rendement nécessaire pour réaliser voyages itinérants, diagonales et grands brevets dans les meilleures conditions, comment expliquer alors la raréfaction du 650 B sur le marché du cycle ? Sans qu’aucun reproche ne soit jamais adressé à cette section privilégiée, l’explication découle d’une simple équation commerciale.

Tout au long de la seconde moitié du XXème siècle, le rapide développement des médias : presse, radio, télévision, offrit aux populations l’image de plus en plus proche et nette de champions cyclistes auxquels il était dorénavant tentant de s’identifier. Les ventes de machines de courses et du diamètre 700 C se virent ainsi considérablement dopées. A la même période, le standard 26’’ débarquait en Europe avec le spectaculaire et, pour les jeunes (et les moins jeunes), valorisant VTT. Après l’embellie cycliste des années du Front Populaire et suivantes, en un temps où la société de consommation et l’automobile essoufflaient le marché du cycle jusqu’à ne le voir concerner que les sportifs, la condamnation du 650 B était, dés lors, prononcée. De moins en moins réclamé par les « nouveaux cyclistes », amateurs de performance (700 C) ou obéissant au phénomène de mode VTT, le 650 B dut subir la loi du commerce. Ravis de leurs ventes en 700 C et 26’’, considérant qu’un stock qui ne tourne pas représente une somme d’argent bloquée, les détaillants méprisèrent le 650 B avant même, souvent, d’aider à la disparition à laquelle on le promettait.

C’est dans ce contexte morose pour un standard 650 B voué à la disparition, après de longues années de lutte âpre et solitaire, qu’en 1995, Henri Bosc épaulé par un groupe de bénévoles béarnais créaient la « Confrérie des 650 ». Au-delà des multiples motivations personnelles, purement techniques ou nettement plus socio-politiques, ayant conduit à cette création, un but s’affichait clairement : ne pas laisser disparaître un diamètre de roue et un type de machine. La randonneuse 650 B ayant parfaitement toujours assurée le rôle qu’on lui avait assigné de répondre aux besoins divers d’un véritable cyclo-touriste.

La première période de l’association consistait en un travail de sauvegarde : faire la preuve que les utilisateurs de 650 B étaient encore relativement nombreux en les rassemblant dans une structure aussi forte que possible.

Dès 1998 et l’arrivée d’une nouvelle équipe au Comité Directeur de la Confrérie, une autre politique se faisait jour au sein de l’association. D’un comportement purement passif, celle-ci entrait dans une phase beaucoup plus offensive en prenant directement en charge le maintien des matériels spécifiques sur le marché du cycle. Au prix de l’engagement total des bénévoles, divers partenariats purent être établis, conduisant à la remise en production de jantes (Rigida) et de pneus (Michelin). Un autre partenariat actif, avec un grossiste cette fois (C.P.A.), permettait la distribution des pièces conçues avec la Confrérie. Aboutissement logique de l’énorme travail fourni, en août 1999 naissait l’ « Opération Chiche ? » de remise sur le marché d’une vraie randonneuse 650 B, accessible au plus grand nombre et entièrement gérée (promotion, gestion des ventes, des accessoires, choix du constructeur, gestion de l’après-vente) par la Confrérie des 650 dans un cadre totalement bénévole.

Aujourd’hui, dans un marché du cycle mondialisé, générateur d’une production médiocre, le standard 650 B retrouve peu à peu ses marques et ses couleurs au creux d’une niche commerciale qui enfle de jour en jour.

Face à ce qui, de nos jours, peut-être considérée comme une réussite, en survolant du regard dix années d’un travail lourd, précis, acharné, il apparaît évident que seule une vraie et profonde motivation a pu maintenir un si constant investissement et un tel niveau d’engagement.

Proche de la philosophie de base de Vélocio, une large part des sixcentcinquantistes d’aujourd’hui se retrouvent autour d’une pratique douce de la bicyclette. Pour les responsables de l’association, le développement du 650 B ne pouvait s’inscrire que dans le cadre d’un véritable projet, non plus seulement cycliste mais réellement humain. Loin des fureurs de la compétition, fiable, confortable, sans renier ses qualités esthétiques ni sa vocation de machine à plaisir, le 650 B correspond à une vision quelque peu marginale de la société. A l’heure du toujours plus vite, toujours plus clinquant, toujours plus agressif au mépris du plus élémentaire respect des hommes et de leur environnement, la randonneuse 650 B représente une plus ou moins sourde révolte, à la fois une symbolique prise de position sociale et une bien agréable prise de plaisir au sein d’une nature où beaucoup de choses restent à découvrir.


Publié par la Confrérie des 650 /// 57, avenue de Montpellier 34270 CLARET - FRANCE